Nous reprenons cette route incroyable de montagne, où le paysage change quasiment à chaque virage, et ce n'est pas qu'une expression, et des virages, il y en a ! Où la route va t-elle se frayer un passage dans cet enchevêtrement de montagnes qui semblent se moquer de toutes les règles de l'orographie. À l'ouest, une barrière rocheuse de près de 2000 mètres de haut, à l'est les montagnes que se partagent aussi la Grèce, au sud des cimes enneigées, au nord des massifs boisés. Une gorge étroite, austère, sera la solution, sans faire trop attention à l'état de la route, ni à celui des parapets. Pour traverser la rivière, ces ponts arachnéens au dessus d'une eau turquoise qui mènent à un village, toujours sous une bénédiction divine. Faut-il y voir de la dévotion quand chaque piéton se signe en passant devant un offertoire, ou bien un signe de superstition au vu des planches ou des tôles disjointes.
À Përmet, après être passé de 1500 mètres à 200, la chaleur nous tombe dessus, comme on pourrait le craindre pour ces immeubles semblant sortis d'une planche d'Astérix à Rome. Vignes, oliviers, figuiers et grenadiers réapparaissent. Après la ville, la rivière a pris une vilaine teinte grisâtre et les rives s'enguirlandent de sacs en plastique.
Nous braverons bien des risques pour trouver notre halte du soir, d'abord sur une longue piste que des pierres un peu grosses nous contraindront à ne pas aller plus loin, ensuite sur un pont dont les planches qui forment le tablier sont mouvantes.
samedi 11 juin 2016
Grabovë (15 km au NO de Përmet) - Albanie
jeudi 9 juin 2016
Germenj (15 km au nord de Leskovik) - Albanie
La route en amont de Korça est en travaux, ce qui signifie plus de goudron, juste des pierres sur 10 km, et quand nous nous retrouverons au pied de la montagne, l'ancienne route avec ses nids de poule et son goudron parfois en lambeaux, ce sera comme une bénédiction.
Elle joue à saute moutons, avec force lacets, passant d'une petite vallée à une autre par le passage d'un col. Le fond de la vallée est cultivée de blé et de seigle où les coquelicots et les bleuets font des taches impressionnistes. Parfois, elle joue les équilibristes sur une corniche au parapet aléatoire, et au fond de la gorge, un berger à grands cris et moulinets de bâton tente de faire avancer un conséquent troupeau de chèvres. Quand il aura réussi à les regrouper près de la rivière, il s'allongera pour un repos mérité.
Nous nous perdons dans les végétations rencontrées, peut-être parce que nous cherchons des références françaises : les Causses, les Alpes du Sud, des châtaigniers puis une pinède, là l'herbe rase, ici le Jura, et où que le regard se pose, des montagnes. À l'est, elles font frontière avec la Grèce, et si par hasard nous l'avions oublié, les petites casemates en forme de galette nous le rappellent, comme le passé militaro-communiste.
Grâce au guide, nous trouvons un délicieux petit camping, perdu dans la montagne, mais il faut croire que les guides français, belge, néerlandais ou allemand donnent les mêmes conseils ! L'Albanie est décidément plus touristique que la Macédoine.
Voskopoja ( 20 km à l'ouest de Korça) - Albanie
Ohrid est une belle ville, qui fait un oublier les horreurs précédentes, horreurs qui n'ont pas échappé non plus à l'UNESCO qui menace de lui retirer son classement. Ville d'histoire, puisqu'au carrefour de routes et de civilisation : grecque, romaine, bulgare, byzantine, ottomane ... On s'assied sur les gradins du théâtre antique, à la bonne place, celle où il y a encore les noms des familles grecques, regarder la scène remaniée par les Romains. On grimpe à la forteresse du tsar bulgare Samuel, on redescend à la basilique Sainte Sophie, transformée un temps en mosquée, en prenant le temps de s'arrêter à l'église Saint Clément et ses icônes dont on volera les images, le gardien étant plus préoccupé par son smartphone. On repère le minaret, et donc le bazar attenant et son marché.
Retour vers le sud du lac, passage formel de la frontière, rues défoncées, animaux vaquant sur la route, retour en Albanie, mais aussi indications touristiques facilement repérables. La route entre Pogradec et Korça est un vrai boulevard, si, si, dans cette large vallée aux cultures maraîchères et fruitières, où le travail est rarement mécanisé, à 1000 mètres d'altitude tout de même.
Une autre route impeccable, financée par l'Europe, nous mène à Voskopoja, ancienne cité de 40 000 habitants, aujourd'hui simple village, aux nombreuses basiliques et églises, aux fresques en plus ou moins bon état, après une bonne vingtaine d'années d'athéisme officiel d'état. La femme du pope nous en fera visiter une, la principale, nous surveillant soupçonneusement, photos interdites, et nous fourguant deux cierges, les plus gros et en nous arnaquant de 10 lek ( 7 centimes quand même - les voies du seigneur sont décidément impénétrables).
mercredi 8 juin 2016
Gradište (15km au sud d'Ohrid) - Macédoine
L'orage n'est pas venu sur nous et a eu le grand bonheur de rafraîchir l'air. Pour atteindre les villages sur la rive orientale du lac de Prespa, coincés au pied des montagnes, il ne faut pas hésiter à prendre des routes minuscules en évitant soigneusement ce que l'on pourrait confondre avec des cailloux, les tortues d'Hermann ! Nous avons la chance de pouvoir pénétrer dans une église aux icônes intactes, très colorée. Par contre d'autres seront fermées, un comble puisqu'elles font partie d'un circuit plus ou moins bien fléché. Tout au sud, la route s'arrête brutalement, se heurtant à l'obstination grecque de limiter le nombre de postes frontières.
La rive ouest est plus sauvage, plus escarpée et très abandonnée. Est ce parce que Tito y avait fait construire une de ses résidences et un complexe hôtelier pour la Nomenklatura yougoslave ?
La route s'élève assez fortement, grimpe jusqu'à près de 1700 mètres d'altitude et permet un coup d'oeil magnifique sur l'autre lac, celui d'Ohrid. Au bas de la descente, un charmant village de pêcheurs, tout en escaliers, les pieds dans une eau translucide. Quelques kilomètres de route sauvage, et ô désespoir, une suite ininterrompue de villas, appartements, chambres à louer avec leurs rabatteurs pesants, puis les hôtels resort, d'un goût souvent discutable. Il nous aura fallu de la persévérance pour se trouver un bivouac sympathique pour notre dernière nuit macédonienne, et en souhaitant que la ville d'Ohrid tienne les promesses du guide et pas celles de ses alentours.
lundi 6 juin 2016
Krani (rive orientale du lac de Prespa) - Macédoine
L'aube fut prometteuse. De méchants nuages gris encapuchonnent les cimes enneigées du Pelister et nous font renoncer à notre randonnée envisagée. Nous retrouvons donc la moiteur de Bitola, son bazar où les ferblantiers s'affairent, son marché où nous faisons le plein de pêches juteuses, d'abricots tendres et de fraises aux odeurs suggestives. Nous nous laisserons tenter aussi par le paprika vendu à la louche depuis de gros tas rouges posés sur les étals.
Quelques demi tours, un entêtement mutuel constructif, une pointe d'agacement, et nous trouvons la petite route qui mène à Malovište, village valaque. Les Valaques sont un des nombreux peuples qui composent la Macédoine (et oui, on y revient à cette idée de mélange) qui ont leur propre langue, d'origine latine, et qui vivent souvent dans des lieux reculés. Malovište l'illustre parfaitement, avec ses maisons de pierre aux toits de lauzes, sa rue pavée, vrai chemin muletier, une église démesurée à la vue de la taille du village, hélas fermée, des odeurs tenaces de fumier, de fientes de poules, de pins et de noyers.
Une longue montée, le passage du col, le lac de Prespa qui nous éblouit de son bleu vert. Notre arrivée sur les rives du lac sera accompagnée d'une escadrille d'une douzaine de pélicans dont nous ne nous lasserons pas d'admirer leurs acrobaties aériennes. La suite, beaucoup moins riche en émotions, sera consacrée à des tâches sanitaires et à surveiller le ciel, l'orage menaçant.
Niže Pole (10 km à l'ouest de Bitola) - Macédoine
Bitola n'a rien de particulier en son centre à offrir aux touristes, hormis le jeu de piste, sans flèches, pour trouver ses destinations ou les centres d'intérêt. C'est avec obstination et abnégation que nous nous pencherons sur la carte et le plan sommaire qu'offre notre guide pour aboutir à nos souhaits de visite.
Les ruines d'Heraclea Lyncestis nous attendent vraiment car nous sommes les seuls visiteurs, et nous croiserons au moment de sortir quatre autres touristes ... australiens, mais il faut préciser d'origine macédonienne. Nous en avons donc pleinement profité, foulant de nos pieds une rue empruntée il y a 2500 ans par Philippe de Macédoine, le fondateur de la cité, posant nos fesses sur les gradins eux romains du II° siècle après J.C., regrettant que les thermes ne soient plus actifs car il fait chaud, admirant sans compter les nombreuses mosaïques.
À quelques kilomètres s'étend le cimetière français où sont enterrés plus de 6000 soldats français et 7000 restes dans l'ossuaire, victimes de la défaite de Monastir, l'ancien nom turc de Bitola, en mai 1917. Moment d'histoire plutôt émouvant de voir toutes ces croix ou tous ces croissants de lune, il y a un bon nombre de soldats des régiments "indigènes", d'autant plus que cet événement de la première Guerre mondiale est assez peu connue. Et le gardien, dans un français appréciable, sera très heureux de tout nous présenter, la liste complète des morts, le livre d'or, la photo où il est médaillé par l'ambassadeur de France.
Un bon burek pour nous sustenter entre la mosquée et l'église, dans une rue dont certains habitants préfèrent l'ancien nom, celui d'un maréchal yougoslave, plutôt connu, et en route pour les montagnes du Pelister qui écrasent de leur masse la ville.
dimanche 5 juin 2016
Prilep - Macédoine
Comment dit-on lapin en macédonien, parce que ce matin, on s'en ai fait poser un vrai ! Notre guide en bateau n'est jamais venu et c'est des rives roselières du lac que nous observerons les oiseaux : cormorans pygmées, cigognes, aigrettes et hérons, et enfin les pélicans attendus, hélas de loin, dont le vol plutôt gracieux, s'apparente à celui des cigognes.
Décidément, les cultures dans les vallées semblent spécialisées, et celle de Prilep en perpétue l'ordre par ces champs de tabac bien rangés. En ce samedi après midi, le centre de la ville de Prilep est bien animée, surtout autour de son bazar. S'il a bien gardé sa structure originelle ottomane, la mosquée a brûlé en 2001 et les échoppes sont essentiellement des magasins de vêtements et des cafés. Ceux-ci se font concurrence à coups de décibels et les discussions sont fortes sur leurs terrasses pour être audibles. Quel contraste avec le monastère dédié à Saint Michel, juste au-dessus de la ville où les nonnes ont fait voeu de silence ! Et que dire de ce village, à côté duquel nous nous installerons pour la nuit, qui bruisse de sons multiples : clarines, bêlements, gloussements, chants du coq et du coucou, la hache qui fend le bois, et à force d'écouter, le chuintement de la faux. Pas un bruit mécanique, pas un son artificiel, l'impression d'être au cinéma dans un film d'époque où l'on aurait soigné la bande son.