vendredi 3 juin 2016

Dojran - Macédoine

Ça aurait pu être la journée des déceptions; ce sont celles qui rendent les autres plus belles. La cascade de Smolari n'a d'extraordinaire que d'être la plus haute cascade du pays, la vallée de la Strumica n'a de remarquable que ses plantations de poivrons et son orientation est/ouest, aboutissant en Bulgarie, et fermée au sud par les montagnes formant la frontière avec la Grèce. Nous sommes à deux kilomètres de cette frontière; deux pensées nous viennent à l'esprit : de l'autre côté, des réfugiés attendent peut être désespérément,  et nous sommes à une centaine de kilomètres de la mer Égée.
Le lac de Djoran, à l'image du pays, souffre d'installations touristiques déficientes : hôtel et camping datant de l'époque communiste à l'abandon, constructions en cours qui restent en cours, hôtels clinquants aux malfaçons visibles. Et quand on trouvera un camping, il faut bien entretenir le corps, il est resté sur les normes communistes des années 60 et nous annoncent des tarifs qu'on trouve en France ! Notre salut viendra d'une gentille macédonienne qui nous dégotera une chambre chez l'habitant, tout confort pour à peine plus chez que le camping reliquaire. Et pour en finir totalement avec cette amertume, un bon restaurant de poissons ce soir et demain un tour en barque pour aller voir les pélicans.

Berovo - Macédoine

La vallée de la Bregalnica qui remonte vers Kočani est encombrée de petites rizières appréciées par les cigognes, certaines en eau, le plant à peine repiqué, d'autres avec juste un fond d'eau et des plants plus drus. Fascinés par ce spectacle peu courant pour nous, et honteux de notre ignorance des techniques de riziculture, nous en oublierons presque la route et la conduite macédonienne exemplaire, entre autre, de l'ignorance de la signification de la bande blanche.
À Kočani, le marché bat son plein, les poivrons et les tomates pris d'assaut, mais de façon plus organisée comme sur un marché "occidental". Nous sommes chez les Slavo-macédoniens, les églises orthodoxes sont nombreuses et la mosquée y est bien discrète.
La vallée qui nous mène de Delčevo à Berovo est, elle, pleine d'arbres fruitiers : pommiers, pêchers, mais surtout cerisiers. Les montagnes qui la bordent à l'est forment la frontière avec la Bulgarie, frontière sans grand passage, les tensions diplomatiques entre les deux pays subsistant. Sur les flancs de cette montagne se dissimulent des villages où la mule tire la charrue, tire la charrette à foin, où la houe est fièrement portée sur l'épaule, où la main d'oeuvre est nombreuse et familiale, où les ruches font des taches de couleur dans la verdure des prairies, où les maisons en torchis se cramponnent à l'usure du temps, où un clocher ou un minaret en sont les centres, où des enfants vous courent après en riant et en criant des hello et où divine surprise, ou bien fantasme de touristes, des Macédoniens et des Roms cohabitent dans la même pauvreté et la même gentillesse.

Berovo - Macédoine

La vallée de la Bregalnica qui remonte vers Kočani est encombrée de petites rizières appréciées par les cigognes, certaines en eau, le plant à peine repiqué, d'autres avec juste un fond d'eau et des plants plus drus. Fascinés par ce spectacle peu courant pour nous, et honteux de notre ignorance des techniques de riziculture, nous en oublierons presque la route et la conduite macédonienne exemplaire, entre autre, de l'ignorance de la signification de la bande blanche.
À Kočani, le marché bat son plein, les poivrons et les tomates pris d'assaut, mais de façon plus organisée comme sur un marché "occidental". Nous sommes chez les Slavo-macédoniens, les églises orthodoxes sont nombreuses et la mosquée y est bien discrète.
La vallée qui nous mène de Delčevo à Berovo est, elle, pleine d'arbres fruitiers : pommiers, pêchers, mais surtout cerisiers. Les montagnes qui la bordent à l'est forment la frontière avec la Bulgarie, frontière sans grand passage, les tensions diplomatiques entre les deux pays subsistant. Sur les flancs de cette montagne se dissimulent des villages où la mule tire la charrue, tire la charrette à foin, où la houe est fièrement portée sur l'épaule, où la main d'oeuvre est nombreuse et familiale, où les ruches font des taches de couleur dans la verdure des prairies, où les maisons en torchis se cramponnent à l'usure du temps, où un clocher ou un minaret en sont les centres, où des enfants vous courent après en riant et en criant des hello et où divine surprise, ou bien fantasme de touristes, des Macédoniens et des Roms cohabitent dans la même pauvreté et la même gentillesse.

jeudi 2 juin 2016

Štip - Macédoine

La première surprise en allant visiter Skopje est cet impériale anglais qui nous cueillera à l'arrêt du bus. La deuxième surprise arrivera au terminus de ce bus le long de la Vardar : nous voilà à Disneyland, à Las Vegas sans les casinos, dans le règne du kitchissime avec palais néo antiques, pont copiant ceux de Paris ou de Prague, un nombre de statues impressionnant, dont la plus grande est bien sûr celle d'Alexandre le Grand, bateaux en béton sortis d'une boîte de Playmobil. Certes la nation est jeune, certes elle est composée d'un tas d'ethnies qui cohabitent plus ou moins bien, certes elle est contestée par deux de ces voisins, la Grèce et la Bulgarie qui revendiquent une part de la Grande Macédoine, mais penser que l'on peut réunir un peuple derrière de tels projets architecturaux, que Boffil ne renierait peut être pas, est une idée qui date un peu.
Mais c'est comme dans la chanson, il suffit de passer le pont, et c'est tout de suite l'aventure dans Čaršija, le quartier ottoman le mieux préservé des Balkans. Un marché incroyable, un vrai bazar, des métiers que l'on ne voit plus guère, barbier, ferblantier, forgeron, un caravansérail que l'on a la chance de pouvoir visiter profitant d'une visite de professionnels, Istanbul en plus petit, des places ombragées par des platanes centenaires où il fera bon déjeuner, repaire aussi des enfants Roms qui mendient sous le regard de leurs parents, les mosquées et les hammams.
Préférant l'original à la copie, nous bivouaquerons ce soir dans les ruines romaines de Bargala, avec l'impression de jouer à Indiana Jones, impression renforcée par notre solitude et les quelques serpents écrasés vus sur la route.

mardi 31 mai 2016

Skopje - Macédoine

La route qui nous mène de Gostivar à Tetovo (jeu de mots interdit parce que trop facile), n'est qu'une longue "agglomération" où le cyrillique a laissé la place à l'alphabet latin, où le drapeau albanais claque au vent, où les mosquées sont juste sorties de terre, où les cimetières encombrent l'espace, où les femmes portent une grande robe foncée et un voile, où les hommes se couvrent de leur calotte en coton ajouré ou d'autres de calottes coniques en feutre, où les plus jeunes ont leur jean troué comme le veut la mode, cheveux au vent - c'est dommage pour les garçons avec leur coupe en forme de balayette, où les enfants vont s'acheter des friandises à l'épicerie du coin pendant la récréation, où des gamines portent un voile très coloré. Cette région est essentiellement peuplée d'Albanais, la plupart réfugiés du Kosovo tout proche pendant la guerre.
À Totovo, nous verrons les bains turcs, fermés, la mosquée peinte qui nous sera ouverte moyennant notre obole aux oeuvres, un monastère chiite en pleine terre d'islam sunnite, ce qui provoque quelques tensions et les derviches sont partis, une ronde endiablée de jeunes lycéens à la sortie des cours accompagné d'instruments traditionnels.  Mais nous ne trouverons aucune infrastructure touristique, ce qui fera nous rabattre rapidement à Skopje par l'autoroute Mère Teresa, puis l'autoroute Alexandre le Grand. Las, la machine à laver est en panne, il n'y a qu'un seul point d'eau chaude et nous passerons un bout de temps à faire tout ça à la main, avec les moyens du bord.

Mavrovo - Macédoine

Un passage de frontière, une vraie, celle avec un poste de douane et des barrières, apporte toujours ces sentiments contradictoires d'exaltation et d'inquiétude. Celui entre Albanie et Macédoine ne dérogera pas à la règle, et il semble que tous les policiers, tous les douaniers du monde vont à la même école étudier l'air suspicieux.
Debar, qu'il faudrait écrire en cyrillique car nous sommes dans la zone de cet alphabet, présente quelques aspects communs avec Peshkopi, sa voisine albanaise : décharge béante où vivent les Roms, rues défoncées, ronde des minibus, hommes inoccupés et femmes, foulard sur la tête et longue jupe blanche imprimée s'affairant, mais ici les marchandises sont rangées sagement dans des boutiques.
En remontant la Radika, nous trouverons sur sa rive gauche, un splendide monastère,  Saint Jean Bigorski, dont les bâtiments conventuels rappelleraient la lamaserie dessinée par Hergé dans "Tintin au Tibet" , et dont l'iconostase en bois est entièrement sculpté quand la coupole, elle, est peinte. Comme une fantaisie, ou comme un signe d'intelligence, sur la rive en face trônent deux mosquées, dont une récente et imposante. On débouche sur un barrage, son inévitable lac et au bout du lac, une station de ski, qui comme toutes les stations de ski hors saison, sont déprimantes. Heureusement, la montagne reste belle, avec ses grandes étendues herbeuses, royaume des moutons.

dimanche 29 mai 2016

Peshkopi 2

Mystère du virtuel, une photo n'est pas passée. L'oubli est réparé. Oubli moins mystérieux, hélas, celui d'autres rencontres sur cette route : le nombre incroyable de stèles commémorant des morts violentes, soit durant la guerre civile en 1998, soit juste après avec les événements au Kosovo, ou plus prosaïquement, des morts sur la route.

Peshkopi - Albanie

Aujourd'hui, une étape de transition sur les routes sinueuses, accidentées qui nous amène à Peshkopi, tout près de la frontière avec le Kosovo et la Macédoine. Nous aurons rencontré, pèle-mêle sur ce long ruban "serpentiforme" : des représentants de la faune locale, domestique, vaches errantes, mules bâtées, chèvres, moutons, chevaux, mais aussi sauvage, dont certaines espèces donnent tout le loisir de les observer; ces petits bunkers ronds aplatis qui ne gardaient pas que les frontières; des cailloux qui ont oublié de rester accrochés à la montagne; des clochers, puis dans la vallée voisine des minarets; des gens qui vous saluent régulièrement qui marchent tranquillement ou qui paressent en ce dimanche ou encore qui montent en amazone leur mule; des Mercedes, de celles qui ont des centaines de milliers de kilomètres aux limousines noires flambant neuves, des minibus usés aux 4x4 rutilants; des immeubles habités profondément lézardés; beaucoup de virages, beaucoup de montagnes, des terres rouges ou blanches, des gorges profondes.
Si la pauvreté du pays est évidente, et son corollaire, la saleté - les décharges sauvages d'ordures à chaque entrée de village, il n'en reste pas moins une gentillesse inouïe et aussi, il faut bien le dire quelques têtes de maffieux jeunes, surtout chez les conducteurs des grosses voitures à étoile à trois branches.

Valbonë - Albanie

Ce samedi, premier jour du week end, est l'occasion pour les Albanais de pratiquer la croisière sur le lac de Komani. Heureusement que nous avions été prévenus, et prévoyants, nous étions à l'embarcadère avec une heure et demie d'avance, car l'organisation était un peu foutraque : les deux "ferries" partent à la même heure, les minibus débarquent leurs passagers, d'autres minibus montent sur les bateaux, des voitures sont déchargés des sacs de farine, des rehausses de ruches, des matelas, tout ça sur un espace  grand comme la moitié d'un terrain de football à la sortie d'un tunnel où les croisements sont limites ! Tant bien que mal, tout le monde trouve sa place, les touristes, les riverains du lac sur une vedette ou sur des barques, et nous voilà partis pour trois heures sur le Drin.
Et c'est magnifique, parfois la gorge se resserre comme dans un fjord, deux à pics vertigineux cachant tout horizon, et quand elle s'élargit, à la sortie de la courbe, tout au fond, des montagnes encore blanchies par la neige. Quand la rive se fera plus hospitalière, la vedette s'arrête, dépose des passagers, des sacs et des gens attendent avec leur mule pour remonter l'ensemble chez eux quelque part dans la pente. L'eau est verte d'... eau, mais aussi recouverte de déchets plastiques beaucoup moins romantiques.
Le débarquement sera très rock and roll : absence de pente goudronnée, petit espace, les deux bateaux arrivant en même temps, les passagers et véhicules sortants voulant être les premiers, même jeu pour ceux qui veulent monter ! Bref, la routine.
La route, ici toute neuve, remonte la Valbonë, un affluent du Drin, qui roule des eaux gris bleu que traverse une vache audacieuse sur une passerelle suspendue, et débouche au pied des montagnes enneigées. En quelques kilomètres, nous serons passés d'une végétation méditerranéenne à une alpine, de plus de 30°C à 20°C dès que le soleil passe de l'autre côté de la montagne, celles du nord ouest, frontière naturelle avec le Monténégro et le Kosovo, frontière bien réelle il y encore quelque temps au vu des bunkers.