samedi 28 mai 2016

Koman -Albanie

Le matin, les trottoirs de Shkodër se transforment en un marché continu. Si vous cherchez l'orient en Europe, l'Albanie vous en donnera un goût certain : marchandises diverses et abondantes, profusion de fruits et de légumes, poissons à même le trottoir, foule qui se presse, coups de klaxon intempestifs, musique orientale s'échappant des bars ou des autos aux vitres ouvertes, l'appel à la prière en ce vendredi. Et puis tous ces petits métiers : vendeurs de tabac en vrac, peseurs de personnes, vendeur ambulant de café sur un triporteur bricolé ... Et tous ces vélos, ces joueurs de dominos concentrés à l'extrême, il y a de l'argent en jeu, ceux d'échecs accroupis comme savent le faire les Asiatiques, ces motards sans casque pétaradant avec leur engin. Et ces femmes, certaines bling bling comme on n'oserait même plus dans le sud de la France, d'autres tout de noir vêtues, foulard blanc sur la tête, certaines très rares très voilées. Et ces hommes,  que l'on croirait sortis d'un film italien, très élégants, même dans la façon de faire du vélo.
La mosquée des Plombs, datant du XVII° siècle est maintenant à l'écart de la ville depuis les inondations qui avaient ravagé ce quartier, l'ancien centre. Nous n'en verrons que l'entrée, les fidèles se pressant pour la grande prière du vendredi.
Deux barrages entravent le cours du Drin, remplissant ainsi ses gorges d'un long lac bleu acier. Nous longerons la première partie par une route à la chaussée défectueuse, où se nichent des hameaux aux maisons couvertes de lourdes lauzes, et une école seulement atteignable à pied. Au bout de cette route, le second barrage, et il nous faudra prendre le bateau pour continuer, ce qui se fera demain, résultat des négociations avec les bateliers.

jeudi 26 mai 2016

Shkodër (Albanie)

Le lever était un peu frisquet  ce matin dans nos montagnes monténégrines, mais quel spectacle ce ciel immensément bleu, et en dessous, les mers, l'Adriatique, et celle de nuages. Après quelques lacets, un monsieur très aimable nous prévient que la route est coupée un peu plus bas et nous invite à le suivre par une petite route spectaculaire en tous points à travers le parc de Lovcen. La route descend ensuite vers le lac de Skadarsk, à cheval sur l'Albanie et le Monténégro. Son amont est un long marécage d'où jaillissent d'assourdissants coassements et piallements, et ces îlots karstiques au milieu de cette eau verte lui donnent un air de baie d'Along. Quand le marécage cesse sur sa côte sud, du côté monténégrin, montagneuse, la route reprend son parcours de funambule, et la conduite devient savante; il faut bien entendu se méfier de la conduite sportive locale, mais aussi des innombrables lézards verts à la tête haute, des serpents, des tortues, des écureuils qui traversent sans se méfier la chaussée dégradée. La côte festonne, de nombreux îlots l'ourlent, inévitablement "habités" par un monastère, des villages plus improbables les uns que les autres se regroupent autour de leur église, catholique ou orthodoxe, ou de leur mosquée. Il semble que ces religions se côtoient sans trop de problèmes. La descente se fera au milieu de châtaigniers au tronc dépassant le mètre de diamètre.
Les formalités douanières furent aimables, mais un peu longues en raison de véhicules bien remplis laissant soupçonneux la police. Les quelques kilomètres parcourus en Albanie, jalonnés par les minarets en forme de crayon à papier dressés, laissent un sentiment de pauvreté et de saleté.

Neguši (parc naturel de Lovcen) - Monténégro

C'est par un rude sentier aux mille marches que nous atteignons l'ensemble des forteresses qui dominent Kotor. La suée mérite récompense, et la vue sur Kotor et son "fjord" est splendide. La vieille ville a ses charmes qu'il faut savoir capter avant les ruées touristiques, déversées par les autocars, les paquebots de croisière, les camping-caristes français, qui se précipitent sur les restaurants et les magasins. Heureusement, le soleil se lève tôt, et nous l'accompagnons aisément dans sa course diurne. Ainsi, nous quittons Kotor, dénichons un sympathique restaurant au bord de l'eau où nous nous régalons de seiches farcies aux crevettes, l'ensemble étant grillé.
Après ce repas monténégrin, nous bouclons la route qui fait le tour de ces fameuses Bouches de Kotor, découvrons une villa romaine, un monument en souvenir d'une bataille navale ayant opposé ... Russes et Suédois (!), traversons des villages aux palais vénitiens, croisons parfois des nouveaux riches (monténégrins, serbes, bosniaques, russes ...) dans leur "discret" 4x4, trouvons le calme dans ces petits ports.
Et après l'ascension pédestre du matin, ce sera la routière qui nous mènera dans des paysages de montagne aux odeurs puissantes de jambon fumé.

Kotor (Monténégro)

Le ciel s'est assombri et l'Adriatique aurait des airs de colère océane, et quand ses vagues viennent heurter les remparts de Dubrovnik, sous une petite pluie, on se croirait sous d'autres latitudes mieux connues. Le tour de ces remparts, à des endroits risqués sur des échafaudages qui feraient trembler bon nombre d'hommes de l'art, donnent des points de vue variés sur la vieille ville, ses toits rouges, ses ruelles en escalier, ses jardins, ses cloîtres, ses clochers ... Le nombre de venelles, parfois en impasse, souvent avec des marches rendant difficiles les livraisons en tout genre, permet de s'éloigner de la foule. Le tourisme de masse y est important sur une surface réduite, avec tout ce que cela implique. On évitera de faire une psychosociologie rapide des touristes selon leur nationalité, mais on regrettera le nombre ahurissant de terrasses de restaurant empiétant sur les placettes et les ruelles avec les immanquables parasols qui cachent toute perspective, l'impossibilité de trouver un banc parce qu'il n'y en tout bonnement pas, les entrées payantes à des tarifs prohibitifs (15 € par personne pour faire le tour des remparts - les autres lieux évoqués ci dessus doivent-ils s'en inspirer ?), l'absence de connexion wifi libre.
Quelques kilomètres de route nous feront passer au Monténégro, une petite traversée en bac, et nous voilà au bord de l'eau, dans ce fjord méditerranéen que sont les Bouches de Kotor.

mardi 24 mai 2016

Mlini (10 km à l'est de Dubrovnik) - Croatie

Brusquement, après Ploče, la montagne forme un amphithéâtre géant dont la scène est  occupée par le delta de la Neretva, fleuve venant de la Bosnie toute proche, et qui passe sous le pont célèbre de Mostar. Les orangeraies ont envahi cette plaine, la découpant en un damier plus ou moins régulier.
Les alluvions s'effacent, la falaise reprend ses droits et la route retrouve sa corniche. Pour quelques kilomètres, nous roulons en Bosnie Herzégovine. Nous ne connaissons pas la raison de ce corridor : accès à la mer, mais Neum, la "ville" dans ce couloir n'est qu'une station balnéaire; ou bien est-ce que la région de Dubrovnik est une enclave dans le territoire bosniaque ? Toujours est-il que les accents nationalistes y sont bien présents, comme ce damier rouge et blanc, emblème de la Croatie peint en gros sur la falaise croate, ou bien les indications en cyrillique, complètement recouvertes, destinées aux Serbes de Bosnie qui sont à 20 km au nord !
Nous n'avons pas le temps de continuer ces considérations géopolitiques que du haut de la route, un point de vue incroyable sur la vieille ville de Dubrovnik que nous visiterons demain. En attendant, ce fut décrassage, promenade et farniente sur la Rivièra. Et ce sera notre dernière nuit en Croatie ...

Vrgorac -5 km de la frontière bosniaque - Croatie

Trogir ne peut renier son passé vénitien et les deux lions de Saint Marc, surmontés curieusement l'un de Adam, l'autre de Éve, en apportent la preuve. La cathédrale gardée par ces deux lions ne sera visitable, office dominical oblige. Mais quel plaisir de se perdre dans le lacis de ruelles où au hasard, on croise un somptueux palais, une église modeste, une maison de type roman jouxtant une renaissance, et tout autour la mer, des yachts plus ou moins discrets amarrés sans laisser de mou, la forteresse vénitienne pour se prémunir des assaillants ottomans.
Sa grande voisine, Split, elle, ne peut renier son passé romain. Le centre de la vieille ville est essentiellement occupée par le Palais de Dioclétien. Mais loin d'être un ensemble archéologique, c'est avant tout un curieux mélange de ruines bien entendu, d'édifices religieux, temple, synagogue, cathédrale, de venelles, ruelles, impasses, de caves, d'habitants qui font sécher leur linge aux fenêtres et qui s'apostrophent de ces mêmes fenêtres, d'enfants qui jouent et de chats qui se prélassent, et les 38 000 m2  de cet ensemble nous occuperont trois bonnes heures, avec ce délicieux plaisir de se demander si l'on est déjà passé par là et dans quel sens.
Après ce bain de chaleur humaine et climatique, 30° au meilleur de la journée, il nous fallait bien un bain revigorant et le calme des montagnes pour notre bivouac, cette fois ci au milieu des pêchers, des cerisiers et des vignes dont les pieds trempent dans l'eau de la rivière qui s'étale dans cette vallée suspendue.

dimanche 22 mai 2016

Primošten -Quelque part dans les oliviers (Croatie)

L'aube est prometteuse : ciel dégagé. La journée sera chaude et ensoleillée !
Il faut se méfier de l'eau dormante. La Krka connaîtrait-elle l'adage? Ses eaux paisibles sont un lieu de vie intense pour ses habitants et ses rives roselières font le bonheur des familles cygnes. Mais elle prend sa source, là haut sur le plateau et doit dévaler les travertins de tuf pour aller finir dans l'Adriatique. Après une vingtaine de minutes de bateau, le grondement devient assourdissant, et ces eaux turquoises se font violence dans des tourbillons d'écume et des cascades disséminées un peu partout. En remontant vers l'amont, le même phénomène se reproduira : une eau bleue s'étendant entre les falaises, puis l' étrécissement et les chutes. L'homme a tiré parti de cette force hydraulique, et les moulins y étaient nombreux. Il a su tirer aussi tirer profit de la sérénité des lieux et deux monastères, l'un catholique sur un îlot, l'autre orthodoxe sur une rive escarpée ont entraîné des pèlerinages plutôt actifs. Et sur le plateau, les Romains avaient aussi compris l'avantage de cette eau en la captant par un aqueduc pour alimenter un camp militaire dont subsiste encore un amphithéâtre, il fallait bien amuser la soldatesque.
Ce plateau est un paysage désolé de maquis où la pierre et la caillasse assurent leur emprise. Dans les villages, une bonne partie des maisons, pourtant relativement neuves, et des cultures est abandonnée. Elles appartenaient à des Serbes qui ont dû s'enfuir à l'issue de la guerre serbo-croate. Le poids de l'histoire récente est encore pesant, et quand on voit ces maisons à l'abandon à côté d'autres pimpantes, des écoles, on ne peut s'empêcher de penser qu'il y a une génération, ces gens se croisaient, se parlaient, vivaient ensemble avant de s'entretuer !
À Primošten, joli petit village au bord de la mer, nous arriverons à l'église en même temps que les flonflons accompagnant une noce aux accents nationalistes.