Quel est le pacha qui a eu l'idée de créer une telle ville escarpée, toute blanche, alors que le thermomètre flirte avec les 40°C ! Berat s'est construite sur les deux rives de l'Ossum, à gauche le quartier chrétien de Gorica, à droite le quartier musulman de Mangalem, et tout en haut la citadelle où voisinent églises et mosquées. La blancheur est le point commun de tous ces quartiers. Serait-ce un reflet des lambeaux de neige qui s'accrochent encore sur les sommets du Tomor ? L'autre vive ressemblance est la vie qui s'y épanouit, et les vacances scolaires ayant débuté, les cris d'enfants émaillent cette promenade au hasard des ruelles pavées et nous guident ainsi vers les espérées zones ombragées.
Une dame dans une robe légère et très amène nous ouvre la mosquée des Rois et le Tekké voisin, nous précisant dans un volapük d'anglais, d'italien et d'albanais qu'elle appartient à la confrérie des Bektashis, branche très libérale de l'islam, et nous précise que sous Enver Hoxha, la mosquée fut gymnase et le Tekké magasin de pommes de terre.
La chaleur finit par nous anéantir et une terrasse ombragée d'un restaurant sera notre île salvatrice, avec en prime un excellent repas pour 7 € pour nous deux, nous redonnant force et courage pour finir la visite.
Ce soir, nous gagnons la fraîcheur toute relative (à l'heure où ces lignes sont écrites, alors que le soleil passe derrière la montagne, il fait 32°C) des montagnes et qu'un troupeau de moutons, de chèvres et de vaches investit notre chez nous.
samedi 18 juin 2016
Karakrukë (12 km à l'ouest de Çorovodë) - Albanie
jeudi 16 juin 2016
Ura-Vajgurore (8 km au nord ouest de Berat) - Albanie
Apollon ne nous a pas déçu. Le site est immense, seule une petite partie est mise à jour, et ce qui l'est est beau. Et entre notre solitude et ces parties encore à peine explorées, notre petit jeu de découvreurs peut reprendre, et en fermant les yeux, en foulant ces dalles à moitié enfouies dans l'herbe, on se met à rêver de croiser un éphèbe ou une jolie noble aux boucles d'oreille en filigrane, c'est selon. On croisera surtout des moutons, un nombre incroyable de tortues et un hibou qui ne devait pas avoir vu que le soleil était levé. Et Apollon nous a entendus, les 30°C étant bien dépassés.
Sur la lagune de Karavasta, les bulldozers ici n'ont pas rasé les constructions illégales, mais ont arasé les dunes, ce qui est pratique pour les Mercedes, et la plage est un cloaque d'immondices, d'algues et de terre. Un tout petit peu en retrait, le lagon intérieur, lui protégé, où nous ne nous lasserons pas d'observer les vols des pélicans. Ce petit détour nous aura aussi permis (par masochisme ?) de traverser une petite ville un jour de marché, avec le trafic de minibus qu'il génère, et des travaux sans qu'aucune déviation ne soit indiquée, et en tenant compte de la conduite individualiste des Albanais !
Le rafraîchissement de ce soir ne viendra pas de la mer, mais d'une très belle cave qui produit des vins plutôt agréables.
Site d'Apollonia (10 km à l'ouest de Fier) - Albanie
Une étrange route goudronnée, certes à voie unique avec trottoir et éclairage public, nous permet de gagner la mer le long d'ocre rouge et le monastère désaffecté de Saint Théodore, ayant servi de prison durant la dictature. L'explication de cette curiosité nous ramènera aussi à cette époque puisque ce fut une fantaisie de la fille de Enver Hoxha !
Peu après, la route s'élève pour franchir un col, et avant de pénétrer dans la brume, un dernier regard vers le bleu lagon de la mer, loin en dessous. Le col passé, quelques degrés de température en moins, et la forêt de pins et de feuillus refait son apparition, dense et touffue. Le ciel se réeclaircit, la route descend, le thermomètre le contraire, et nous revoilà au niveau de la mer, à Orikum. Et la mer Ionienne laisse la place à l'Adriatique, et la côte devient plate et rectiligne, sans grand intérêt, sauf peut-être pour les promoteurs.
À Fier (oui, à côté d'Artaban, juste à Bras !), l'incroyable force du football agit, et quand nous nous retrouvons en pleine fan zone, juste devant la mosquée, en pleine effervescence avant le match Albanie/France, les conversations vont bon train, les pronostics penchent (espoir du condamné ?) pour le match nul.
Ce soir, nous nous faisons beaux, non pas pour le match, mais pour honorer le maître des lieux qui nous accueillent, Apollon lui-même !
mercredi 15 juin 2016
Porto Palermo (6 km au Sud Est de Himarë) - Albanie
Zeus nous poursuivrait-il de sa vindicte et de ses foudres pour avoir omis de lui faire une offrande à Butrint ? L'orage a grondé au petit matin. Nous nous sommes tournés alors vers Phaëton et Eole, et nos voeux ont été exaucés, le ciel s'éclaircit, la mer Ionienne prend un bleu idéal. Bien pratique d'avoir plusieurs dieux à sa disposition !
La côte est sauvage, les constructions balnéaires encore rares. Par de petites routes escarpées, on descend à des criques, des anses,des baies au milieu des pins, des aloès, des oliviers et au fond, une eau transparente. A droite, les montagnes qui culminent à 2000 mètres se perdent dans le ciel resté bas de ce côté, à gauche Corfou se dessine plus nettement.
Un village au nom andin, Qeparo, nous attire irrémédiablement. Une route bétonnée qui grimpe rudement parmi les lauriers roses et les oliviers débouche sur une minuscule place. La suite, c'est à pied dans les ruelles sinueuses, pavées et rarement horizontales. La vie est plus facile en bas, l'exode rural est fort, beaucoup de maisons sont hélas abandonnées. Un architecte français en a retapé quelques unes pour en faire des gîtes (C'est même passé à la télé sur France 2).
Quelques kilomètres plus loin, une baie entièrement sauvage, avec en son milieu une presqu'île dominée par un des châteaux de Ali Pacha, et c'est sur l'isthme que nous bivouaquerons ce soir. Un bon bain rafraîchissant en évitant de marcher sur les oursins, un regard vers ce tunnel sous la montagne, ouvrant en mer datant de la guerre froide, et semblant sortir d'un Blake et Mortimer, ou d'un James Bond, au choix.
lundi 13 juin 2016
Ksamil 3
À force de jouer à cache cache avec les orages, il fallait bien perdre un jour et l'eau du ciel s'est déversée sur nous cette matinée, nous "clouant au sol", s'occupant par de bonnes lectures. L'orage nous fera également renoncer à notre projet de randonnée dans le parc naturel de Butrint. Aurons-nous un jour une conjonction favorable entre météo et randonnée, d'autant plus que les mauvais jours sont rares ?
Le soleil se remontrant timidement l'après midi, la chaleur plus franchement, nous partons pour Sarandë (.com, ajouteront certains) en longeant la lagune de Butrint, séparée de la mer par une rude colline et finissant dans les roseaux. La ville n'a guère d'intérêt, hormis sa proximité avec Corfou et les navettes qui font la traversée. Les touristes grecs les utilisent, goûtant les prix doux de l'Albanie et peut-être de cette vue incomparable sur cette rangée d'immeubles pour touristes que l'on ne trouve pas que sur les côtes espagnoles. Les plages privées se succèdent, laissant quelques espaces publics où de pas très discrets tuyaux à peine immergés déversent une eau pas toujours très claire.
dimanche 12 juin 2016
Ksamil (15 km au sud de Sarandë) - Albanie
Ce matin, nous avons eu pour la première fois un aspect négatif de l'accueil albanais, le passeur du bac nous ayant quasiment rackettė et le personnel d'accueil du site archéologique de Butrint étant fort peu avenant. Butrint était une véritable cité créée par les Grecs (par Enée, si l'on en croit Virgile) au IIIème siècle avant JC, reprise par les Romains, abîmée au Moyen Âge, rebâtie en partie par les Vénitiens, et même devenue possession française sous Bonaparte après la chute de Venise ! Littérature toujours, c'est en ces lieux que Racine a situé l'intrigue d'Andromaque. Il n'en reste pas moins des ruines assez somptueuses, et étant les premiers visiteurs, nous pénétrons parmi les eucalyptus, les tamaris, avec des cris d'oiseaux, comme dans nos rêves d'enfance d'explorateur intrépide bravant la jungle. Les seuls animaux "sauvages" croisés, hormis les oiseaux, seront des lézards et des tortues de cuir, une espèce aquatique.
Ksamil a failli disparaître sous le béton, et le gouvernement en place en 2013 a mobilisé l'armée, a sorti les bulldozers et a entrepris la démolition de tous les immeubles illégaux. Il en reste des squelettes qu'un artiste contemporain adepte de la déstructuration pourrait estimer. En tournant le dos à cette cité fantôme, en passant entre les plages privées, on touche des pieds les eaux bleues de la mer Ionienne avec en toile de fond l'île grecque de Corfou, aujourd'hui dans la brume.
Mursi (20 km au Sud de Sarandë, à la frontière grecque) - Albanie
Les pistes qui formaient une patte d'oie, au sortir du pont, sont tres empruntées, de tard le soir à tôt le matin. Les mules, et évidemment, les muletiers, sont les plus nombreux à les emprunter, nous permettant ainsi de vérifier quelques adages, comme "têtue comme une mule", ou encore "charger la mule", ne sachant plus s'il faut les utiliser au sens propre ou non.
Gjirokastër étale ses villas opulentes sur les flancs des collines, le long de ses rues étroites pavées grossièrement. Ces maisons patriciennes, aux lourds toits de lauzes grises, trouvent leur grâce dans ces étages successifs, crépis puis en bois, et des tourelles qui les flanquent. Parmi ces villas, celle qui a vu naître Ismaël Kadaré, il y a 80 ans, le grand écrivain albanais qui, en parlant de sa ville natale, écrit :"Tout dans cette ville était ancien et de pierre, depuis les rues et les fontaines jusqu'aux toits des grandes maisons séculaires, couverts de pierre grise, semblables à de gigantesques écailles..."*
Gjirokastër a aussi vu naître une autre célébrité albanaise, le sinistre Enver Hoxha, dont, avec un goût douteux, le portrait orne les mugs dans les boutiques de souvenirs.
Plus au Sud, une petite ville où les Mercedes noires sont très neuves, où les maisons se cachent derrière de hauts murs de parpaings, fait inhabituel en Albanie, sauf si l'on veut dissimuler quelques plantations d'herbes illicites nécessitant eau et chaleur. Les paysages ont totalement changé, les montagnes sont pelées, la végétation chiche, le sol aride, le nom des villages est doublé en grec.
* Ismaël Kadaré, "Chronique de la ville de pierre"