mercredi 6 juillet 2016

Saint Samson (Côtes d'Armor - Bretagne)

Heureux qui comme Sylvie, a fait un beau voyage,
Ou comme Georges qui revint à l'avant saison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre chez lui en Bretagne le reste de son âge !

Quand reverrai-je, dans mon cher petit village,
Un jardin propret, et un tondu gazon ?
Reverrai-je le clôt de ma pauvre maison
Qui est enfoui sous un vert entoilage ?

Plus me plaît le séjour qu'on a fait aux Balkans,
Que la chaleur et la lave qui fusent des volcans
Qui ont envahi nos corps de leur chaleur,

Autant le Drin albanais que ma Rance celte,
Plus un bon burek qu'un sandwich trop svelte,
Et plus la gentillesse de là-bas que d'ici un râleur !

Librement inspiré de Joachim du Bellay

dimanche 3 juillet 2016

Wasselonne (Bas Rhin - Alsace) - France

L'entraînement fut efficace. C'est vêtu d'une lourde veste de drap, d'une chemise bouffante serrée aux poignets par des bracelets de cuir, de chausses noires, de bottes lustrées, que les spandieratorri font leur apparition au son des tambours et des trompettes. Et dans le martèlement des tambours, c'est concours d'adresse et de dextérité, carrousels endiablés, lancers de plus en plus haut, arc en ciel de couleur des bannières dans la chaleur de midi. Le rythme des tambours s'amplifie, le nombre de drapeaux augmente, et c'est jongleries à deux, puis trois drapeaux, avec les mains, les pieds, un autre partenaire, plusieurs partenaires.
A Feltre existe aussi un théâtre surnommé la petite Fenice, en hommage à son aînée vénitienne, et ce n'est pas usurpé. Assis élégamment sur un fauteuil rouge, et malgré la housse qui le recouvre, il n'y a pas à forcer beaucoup son imagination pour entendre résonner le piano.
Chemin à rebours à travers l'Autriche, verte de printemps, l'Allemagne et ses autoroutes libérales et encombrées, traversée du Rhin, et nous voilà cernés par un environnement francophone sonore et visuel, quoique mâtiné d'alsacien.

jeudi 30 juin 2016

Feltre 2

L'Italie est si riche que nous en snobons Venise et sa foule de touristes, pourtant à une heure de route d'ici. Tout commence dans la douceur de la nuit tombante et des drapeaux qui virevoltent dans les mains adroites des sbandieratorri* se préparant pour leur représentation de dimanche sur la Plazza Maggiore.
Après les douceurs des pâtes, l'amertume du capuccino, nous sommes en pleine forme pour visiter quelques trésors cachés de Feltre dans la Galleria d'Arte Moderna et ses sculptures en fer forgé style art nouveau, et bien entendu déguster une gelateria à la sortie.
Belluno nous attire, et nous profitons aussi d'avoir une guide fort compétente. Les sommets des Dolomites qui surplombent la route entre Feltre et Belluno se perdent dans les nuages, l'orage gronde. Mais dans les rues de la vieille ville, nous serons totalement à l'abri de la pluie, qui ne tombera pas, et des pépins, et serons fort perplexes au moment de lire l'heure sur le campanile.

* lanceurs de drapeaux

mardi 28 juin 2016

Feltre (Italie)

Hier, au moment de l'appareillage, les quelques Italiens encore présents sur le bateau ont exulté à la victoire de leur équipe, et la quasi totalité des voyageurs,  italiens, albanais, allemands, tchèques et donc français, ont salué assez bruyamment le second Brexit de la semaine.
Au petit matin, le bateau a accosté à Trieste, mais il a fallu attendre encore quelque temps pour débarquer, la police n'étant pas encore là. Et la vue sur le port est beaucoup moins attirante que celle sur le port d'Ancône. Relégués au bout du port, entre un silo désaffecté et des hangars, nous n'avons que des échappées vers une ville apparemment reconstruite après guerre, à l'image de Brest ou bien d'autres.
La sortie du port se fera par quatre points de contrôle, il devient difficile de passer les frontières de l'union européenne, et un vrai gymkhana entre remorques, hangars et câbles, dans l'ambiance un peu glauque d'un polar.
Après, ce sera le soleil de l'Italie, moins chaud qu'en Albanie, des rues propres, des routes en bon état, des prix "occidentaux", et le retour à Feltre, boucle finie, ou presque car il nous faut encore revenir à la maison, après quelques jours passés ici, en famille, et la (presque ?) fin de ces billets quotidiens.

Ancône

L'ambiance sur le bateau est très masculine, empoignades et embrassades viriles entre ces camionneurs qui se retrouvent pour la traversée. Les dominos claquent, les jetons de backgammon s'entrechoquent, le bar s'emplit à la mi-temps du match, le parler est albanais. La nuit fut bercée par les trépidations du moteur. L'équipage philippin nettoie les ponts à grande eau, les voyageurs s'éveillent et grimacent devant le petit déjeuner et son prix.
Vers l'ouest, une île rocheuse non identifiable se dessine dans la brume. L'Adriatique est sillonnée par de nombreux navires.
Après manger, la côte apparaît plus nettement, Ancône et son port se précisent, la vie à bord connaît une certaine effervescence. Le débarquement commence, curieux mélange italo-albanais d'organisation. Le bateau se vide, peu continuent jusqu'à Trieste. L'escale est longue. Arrivés à 14 heures, nous ne devrions pas repartir avant 19 heures, et restons incompréhensiblement consignés à bord ou dans l'enceinte exiguë du port. C'est dommage car vu du bateau, Ancône a l'air de présenter des caractéristiques toscanes, et une bonne glace italienne aurait été agréable. Nous nous contenterons d'en voir la silhouette et le ballet des bateaux de pêche et des ferries pour la Croatie ou la Grèce.

dimanche 26 juin 2016

Durrës

Ce qui n'aurait pu être qu'une banale journée d'attente fut aussi une journée de découvertes. D'abord en ce dimanche matin de forte chaleur, les Tiranéens se précipitent à la mer par l'autoroute menant à Durrës, et nouvelle expérience pour nous, celle des bouchons. Imaginez deux voies transformées en trois par la grâce de la bande d'arrêt d'urgence, et il est très gratifiant de la nommer ainsi, et le slalom continu des Mercedes. Ensuite, pour rester dans la circulation, arrivés à Durrës, la surprise de voir un train s'ébranler, des wagons aux vitres caillassées tirés par une diesel asthmatique sur des rails branlants où poussent l'herbe et où paissent les moutons.
Un dernier adieu à un marché et à un bazar, où nous nous régalons d'un burek et de cerises juteuses, et nous entamons une longue pérégrination dans la ville, rythmée par les images de la difficile qualification des Français diffusées dans les bars. Nous verrons l'amphithéâtre, dont une partie sert de soubassement à des maisons, un hammam, une tour vénitienne, un rempart byzantin, une mosquée du XVIIème siècle, des immeubles "communistes" dont on ravale les façades, bref un condensé de l'histoire albanaise. Sur la plage, quelques intrépides vont chercher dans l'eau fraîcheur et érythème, ce sont les eaux les plus polluées du pays. Un pêcheur, l'eau jusqu'à la poitrine, lance avec justesse son filet. Le geste est beau, mais qu'en est il de sa pêche ?
Les formalités d'embarquement, l'occasion d'admirer la dextérité des camionneurs dans une partie de Tetris géant, l'appareillage avec seulement une demi-heure de retard, le soleil qui se couche face à la proue, la côte qui s'estompe dans le crépuscule. Clap de fin !

samedi 25 juin 2016

Kashar 3

Au fur et à mesure des mètres perdus en altitude lors de notre descente, le thermomètre gagne en degrés et le vent mollit. Mais que font tous ces gens à pied qui montent ou descendent cette route escarpée, sachant qu'il n'y a rien là-haut et que ce ne sont pas des randonneurs ?
Après tous ces kilomètres parcourus, dont plusieurs sur des pistes, il fallait bien essayer une des spécialités locales qui fleurissent le long des routes, le lavazh. Et pour 400 lek, soit moins de 3€, nous voilà avec une voiture étincelante.
Le camping de Kashar étant idéalement placé entre Tirana et Durrës, nous y retournons avec plaisir pour notre dernière nuit albanaise et retrouvons avec délices ce côté bucolique à 15 kilomètres des deux plus grandes villes du pays. Sur les coteaux, des vignes. Or la région n'avait aucune tradition vinicole, et le raisin sert à confectionner le raki, l'eau de vie albanaise. Après la rupture avec le pacte de Varsovie, Enver Hoxha redoutait une invasion, d'où cette avalanche de bunkers. Mais quel rapport avec la vigne ? Sur les piquets en béton tenant les fils de fer sur lesquels s'entoure la vigne, sont fichés des baïonnettes pour que des parachutistes ennemis s'y empalent. La même "raison" (peut-on parler de raison dans un tel cas de paranoïa ?) l'avait conduit à faire planter des aloès sur la côte.